Le sacre de Ronaldo au B.O.A.T. montre qui vend des votes, pas qui est le plus grand
Le vote payant de France Football a sacré la saison 2008 de Ronaldo meilleur Ballon d'Or de l'histoire, mais il mesure l'audience et la fidélité : le GOAT exige des critères, pas des sondages.
Photo : Anish Morarji from St Albans, England / Wikimedia Commons (CC BY 2.0)
Qu'avons-nous appris au juste mercredi, quand les titres du monde entier ont annoncé que Cristiano Ronaldo avait été désigné meilleur lauréat du Ballon d'Or de tous les temps ? Pas grand-chose sur le football. En revanche, beaucoup sur la façon dont se comporte une communauté de fans quand on place un bouton de paiement à côté du nom de son idole.
Ce qui s'est vraiment passé (et ce que les titres ont brouillé)
France Football a lancé une nouvelle rubrique baptisée B.O.A.T., « Ballon d'Or of All Time », un jeu de mots avec G.O.A.T. Selon Relvado, le magazine a lui-même insisté sur le fait qu'il ne s'agit ni d'une récompense officielle ni d'un second Ballon d'Or. Les fans n'ont pas choisi le meilleur joueur de l'histoire. Ils ont choisi la meilleure saison victorieuse parmi les joueurs ayant remporté le trophée au moins deux fois. La saison 2008 de Ronaldo à Manchester United arrive en tête, devant celle de Messi en 2012 et celle de Ronaldo lui-même en 2017.
Le fonctionnement compte. Chaque vote coûtait un euro, et les votants avaient une chance de gagner deux places pour la cérémonie de 2027. Les votes multiples étaient autorisés, y compris pour des joueurs différents. France Football a indiqué que 5 009 personnes avaient voté plus d'une fois, dont 44 entre 10 et 26 fois. Le nombre total de votants n'a jamais été dévoilé: les pourcentages reflètent donc des bulletins payés, pas des personnes. Le 20 octobre, la saison 2008 était déjà en tête avec 75 %, contre 9 % pour celle de Messi en 2012.
Un sondage où l'on peut acheter son poids est un produit d'engagement des fans, pas un verdict
Appelons les choses par leur nom: un produit d'engagement des fans avec un appât en forme de trophée. Ce n'est pas une accusation de fraude, c'est une description du dispositif. Quand un vote est ouvert à tous, répétable et facturé au bulletin, le résultat reflète avant tout une chose: qui compte le plus de personnes motivées prêtes à cliquer encore. À notre avis, c'est une mesure de l'audience et de la dévotion, et sur ce terrain, la base de supporters mondiale de Ronaldo est considérable. Personne ne devrait s'en étonner.
Même CNN Brasil a relevé que le prix compte peu, en soulignant que Ronaldo avait une avance énorme bien avant l'annonce du vainqueur. Une course aussi déséquilibrée dès le départ n'est pas un débat. C'est une démonstration de force.
Il y a aussi une particularité structurelle. Comme le détaille Lance!, beaucoup de saisons de Ronaldo et de Messi se sont classées dans le haut du tableau, et la saison 2002 de Ronaldo Nazário a été la première extérieure au duo, à la 13e place. Quand deux superstars modernes présentent chacune de nombreuses saisons, elles se partagent et dominent le bulletin; des noms comme Cruyff, Beckenbauer, Platini et Di Stéfano ont tous fini hors du top 12. Cela en dit moins sur la qualité de ces carrières que sur ceux qui étaient présents dans la mémoire, et sur les réseaux sociaux, des votants.
La saison 2008 est un bon choix, ce qui rend la méthode pire
Voici le point gênant pour les cyniques: 2008 est un choix défendable. Cette année-là, Ronaldo a remporté la Premier League et la Ligue des champions avec Manchester United, marqué 42 buts et décroché son premier Ballon d'Or, comme le raconte Relvado. Une personne raisonnable pourrait y voir l'apogée d'une grande carrière. Mais un vainqueur défendable issu d'un processus défaillant ne valide pas le processus. Une horloge arrêtée donne l'heure exacte deux fois par jour.
À quoi ressemblerait un meilleur débat ? Il faudrait, selon nous, des critères annoncés avant que quiconque vote: le degré de domination du joueur sur le reste du peloton cette année-là, ce qu'il a gagné, la durée de son apogée et la part de son rendement qui se transpose d'une époque et d'un championnat à l'autre. Pondérez-les comme vous voulez. Les partisans de Messi les pondéreront d'une façon, ceux de Ronaldo d'une autre, et c'est tout l'intérêt: l'argument n'est intéressant que lorsqu'il faut défendre ses pondérations. Un bouton à un euro permet à chacun de sauter cette étape.
Il y a aussi une ironie gênante. Le Ballon d'Or officiel est décidé par un jury de journalistes. Pour une édition commémorative, France Football a choisi de confier la décision à ceux qui acceptent de payer pour parler le plus fort. Nous préférerons toujours le jury imparfait au bulletin payant.
Notre verdict
Profitez de la nostalgie, car 2008 fut une grande saison, mais ne citez pas ce sondage dans un débat qui vous tient vraiment à cœur. Si votre camp gagne un vote où 44 personnes ont déposé entre 10 et 26 bulletins chacune, vous avez appris à quel point votre camp est organisé. S'il perd, vous avez appris la même chose. La question du GOAT mérite un cadre qui se discute. Une page de paiement n'en est pas un.
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