Ligue 1 : les verdicts de l'arbitrage arrivent trop tard pour compter
Deux mains supposées de l'OM et un but contesté la même semaine : tout a été tranché par des communiqués du mercredi. Expliquer les arbitres en direct servirait mieux la Ligue 1.
Photo : SounderBruce / Wikimedia Commons (CC BY-SA 4.0)
À quoi sert une explication juste si elle arrive trois jours après que tout le monde s'est fait son opinion ? C'est la question qui plane sur la Ligue 1 cette semaine, et la réponse, selon nous, est: à bien moins que ce que la Ligue semble croire.
Voici la situation. Marseille et Le Havre ont disputé un match à 4-3 le dimanche 25 octobre, dont la fin a été marquée par deux possibles mains contestées dans la surface marseillaise, dans le temps additionnel. Le Havre n'a obtenu de penalty sur aucune. Le mercredi 28 octobre, la direction de l'arbitrage française (la DTA) a rendu son verdict et, comme le rapporte Sport.fr, elle a validé les décisions de l'arbitre Clément Turpin.
Le même mercredi, une seconde décision du même type est tombée. Après le match nul 1-1 entre Auxerre et Le Mans, la direction s'est penchée sur un but du Mans entouré de questions: la goal-line technology avait-elle fonctionné correctement ? Le titre du Parisien résume l'issue: la décision est maintenue malgré des « zones d'ombre ». Will Still, selon Walfoot, était furieux de voir le but validé.
Le système fonctionne, mais seulement pour ceux qui n'étaient pas au stade
Pour être juste envers la DTA, elle ne se cache pas. Après chaque journée de Ligue 1, la direction analyse certaines situations et publie ses conclusions, comme le décrit la page de débriefing de la FFF elle-même. C'est plus de transparence que n'en offrent bien des championnats, et nous ne devons pas balayer cela d'un revers de main.
Mais regardons ce que ce rituel produit réellement. Un arbitre prend une décision en temps réel. Le stade explose, la retransmission en débat pendant des heures, les clubs ruminent pendant des jours. Puis un communiqué arrive pour dire que la décision était la bonne. Quelle que soit la valeur de l'analyse, elle tombe quand le mal, ou la rancœur, est déjà fait. Un verdict qui confirme l'arbitre ne rendra pas sa soirée au Havre, et il ne donnera à personne à Auxerre une réponse claire sur un but entouré de zones d'ombre.
Nous soulignerons aussi la récurrence. Deux controverses, deux confirmations. Nous ne prétendons pas que la DTA a tort: nous n'avons pas vu l'analyse vidéo, et la documentation dont nous disposons n'expose pas le raisonnement sur les mains. C'est précisément le problème. Quand le public n'apprend que le résultat (« pas d'erreur »), un supporter rationnel y entend de l'autoprotection institutionnelle, même si ce n'en est pas.
Expliquer la décision vaut mieux que la défendre après coup
Notre thèse est simple: l'explication doit accompagner la décision. Pas une semaine plus tard, pas sous forme de communiqué, mais dans le stade et à l'antenne, en termes clairs, quelques instants après l'action. Si une main dans le temps additionnel est jugée non sanctionnable, il faut dire pourquoi: position du bras, distance, selon ce que dit la règle. Si le système de détection sur la ligne signale un but, il faut dire que le système l'a confirmé.
Pourquoi est-ce plus important dans ces deux cas que dans une contestation ordinaire ? Parce que les deux touchent aux moments où la confiance est la plus fragile. L'un est survenu à la fin d'un match à sept buts, quand chaque décision pèse démesurément. L'autre met en cause une technologie censée lever le doute et qui, ici, l'a au contraire nourri. Une technologie qui ne règle rien sur le moment, avant d'être confortée par un communiqué ensuite, cumule les inconvénients des deux mondes.
Certains diront que l'explication en direct expose davantage les arbitres à la pression. Nous pensons plutôt l'inverse. Un arbitre dont le raisonnement est audible en quelques secondes est plus difficile à caricaturer que celui qui se tait et que défend une commission le mercredi.
Ce que la Ligue 1 devrait faire
Qu'elle conserve le débriefing hebdomadaire: c'est une archive utile et un gage de responsabilité. Mais qu'elle cesse d'en faire l'événement principal. La Ligue devrait considérer le communiqué du mercredi comme un filet de sécurité, non comme un substitut à la clarté le soir même.
Les gagnants du modèle actuel sont les institutions, qui peuvent montrer leur cohérence. Les perdants sont les supporters, qui reçoivent des réponses ressemblant à une porte fermée, et des clubs comme Le Havre, qui ne peuvent que débattre de ce qui aurait pu être. Même les partisans de l'équipe avantagée par une décision devraient souhaiter un système où un résultat ne s'accompagne pas d'un astérisque tracé par la colère de l'adversaire.
La Ligue 1 n'a pas un problème d'arbitrage que ces éléments permettraient de prouver. Elle a un problème de communication que l'on voit clairement. Qu'elle le règle, et les verdicts du mercredi compteront beaucoup moins, car il restera bien moins de choses à discuter.
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