Le derby du Nord ne se gagnera pas à la ferveur : profondeur d'effectif et sang-froid feront la différence
Deux entraîneurs pour leur premier derby du Nord, de longues listes de blessés et aucun supporter lensois au stade : Lille-Lens est un test de profondeur et de sang-froid.
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Un derby reste-t-il un derby quand le parcage visiteurs est vide, que les deux entraîneurs y font leurs débuts et que les infirmeries sont pleines ? À nos yeux, il devient surtout plus révélateur. Le Lille-Lens de ce soir au Stade Pierre-Mauroy (21 h 05 en France) est de ces matches où la rivalité n'est que le décor et où l'effectif est le véritable sujet.
Une précision: ce texte est écrit avant le coup d'envoi. Il n'y a donc pas de résultat ici, seulement ce que les éléments disponibles disent de celui qui est le mieux armé pour aborder cette soirée.
Deux entraîneurs novices dans le derby et une longue liste de blessés plantent le décor
Davide Ancelotti et Yannick Cahuzac dirigeront tous deux leur équipe dans un derby du Nord en tant qu'entraîneur principal pour la première fois, comme le souligne Le Figaro. Ancelotti, 37 ans, a succédé à Bruno Genesio cet été; Cahuzac, 41 ans, est passé du poste d'adjoint à celui d'entraîneur en septembre, après le départ de Dino Toppmöller. Lille est troisième avec 15 points, Lens septième avec 13.
Dans le même temps, selon ICI Nord, Lille est privé de Santos, Igamane et Ueda, tandis que Lens déplore les absences de Ganiou, Sima et Nawrocki, auxquelles s'ajoute désormais celle de l'attaquant Edouard, opéré des adducteurs. Les supporters lensois n'ont pas été autorisés à se déplacer.
La liste des blessés est le vrai rapport de scouting
La rivalité, elle, est une constante. Les joueurs des deux camps savent ce que ce match représente, et personne n'en tire un avantage. Ce qui change, c'est la capacité de chacun à encaisser des absences sans perdre son identité.
Lille a misé ce soir sur la jeunesse, avec Adeagan Goffi, Ethan Mbappé et Soriba Diaoune titulaires, et Hakon Haraldsson en pointe. C'est soit un vote de confiance envers la relève, soit l'aveu que les options plus expérimentées se sont épuisées. Selon nous, c'est un peu des deux, et l'heure qui vient dira laquelle l'emporte.
Lens présente un autre profil. Sa composition s'appuie sur des valeurs établies: Florian Thauvin, Florian Sotoca et Thorgan Hazard devant. Thauvin est impliqué dans douze des seize buts lensois en championnat, selon Le Figaro. C'est un luxe, jusqu'au jour où ça n'en est plus un. Une équipe qui passe autant par un seul joueur pose une question de profondeur, même quand tout le monde est apte. Un avant-match de 7msport ajoute que Lens a utilisé 11 combinaisons différentes de défense à trois centraux en 12 matches. C'est beaucoup de remaniements derrière, ce qui aide à comprendre pourquoi la défense paraît être le point fragile d'un groupe par ailleurs ressuscité.
Le sang-froid est une compétence d'entraîneur, et ce soir c'est l'examen
Cahuzac connaît le derby de l'intérieur, pour en avoir disputé cinq sous le maillot lensois. Son message public était parlant: il a dit qu'il ne servait à rien de faire monter l'excitation (« Rien ne sert de faire monter l'excitation »). Plus de 3 500 supporters ont assisté à l'entraînement de Lens mercredi, la température émotionnelle est donc déjà élevée. Demander aux joueurs de se calmer est malin, et sans doute le plus utile qu'un entraîneur sur une bonne série puisse faire.
Ancelotti a emprunté un autre chemin vers le même but: il a organisé une séance vidéo pour que son groupe comprenne la rivalité. Soit, mais sa principale inquiétude n'est pas l'ambiance. Il a reconnu que son équipe avait des difficultés en seconde période, et c'est à notre avis un problème de profondeur sous un autre nom. Quand le banc ou les jambes ne permettent pas de changer un match en fin de rencontre, on obtient le schéma que Lille a montré: solide en championnat, avec une seule défaite et six buts encaissés, mais trois défaites en trois matches de Ligue des champions contre le Betis, Arsenal et Galatasaray.
Ce contraste compte, selon nous. Le bilan de Lille en championnat dit une équipe organisée; ses résultats européens suggèrent que la marge se réduit face à plus fort, et peut-être quand la rotation est plus mince. L'adversaire du soir n'est pas Arsenal, mais Lens arrive avec trois victoires de rang en championnat et, probablement, peu de pression sur les épaules.
Notre verdict
Il ne faut pas lire ce soir comme une bataille de cœurs, mais comme un test de résistance. Si les jeunes titulaires lillois conservent leur structure en seconde période, le projet d'Ancelotti paraîtra plus solide que ne le suggèrent ses résultats en Ligue des champions. Si la défense lensoise, si souvent remaniée cette saison, tient et que Thauvin continue de produire, le début de parcours de Cahuzac sera plus qu'un simple effet nouvel entraîneur.
Notre intuition, strictement une opinion: l'équipe qui aura le plan le plus clair pour la dernière demi-heure gagnera la soirée, pas celle qui aura le stade le plus bruyant. Et comme les supporters lensois n'ont pas pu faire le déplacement, le stade le plus bruyant sera de toute façon lillois. Cela rend toute erreur plus difficile à excuser pour l'équipe locale.
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