La Ligue 1 ne maîtrise pas son calendrier, et ce week-end l'a prouvé
Un seul match le samedi, un derby breton le lundi : un championnat dont le programme plie devant préfets et forces de l'ordre, sans plan de secours visible.
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Qui fixe vraiment le calendrier de la Ligue 1: la ligue, le diffuseur ou le préfet local ? La 9e journée laisse penser que c'est le dernier, et cela devrait déranger tous ceux qui tiennent à la compétition.
Un week-end réécrit par les préfectures
Les mobilisations sociales prévues partout en France le samedi 31 octobre ont remodelé la neuvième journée. Comme le rapporte maville.com, le vendredi a hérité de trois rencontres (Le Havre–PSG, Nice–Rennes, Lille–Lens), le samedi n'a conservé que Troyes–Le Mans, Angers a été décalé au dimanche à Lyon, et Lorient–Brest, le derby breton, a glissé au lundi 2 novembre. Nice–Rennes a été déplacé à la demande de la préfecture, et d'autres sources indiquent que les préfectures du Rhône, des Alpes-Maritimes et du Morbihan sont à l'origine des trois matchs qui ont quitté le samedi.
Le contexte est sérieux. Courrier international, citant The Guardian, décrit la troisième journée de mobilisation en trois semaines, avec quelque 70 000 policiers et gendarmes déployés et l'entourage du ministre de l'Intérieur qui parle d'un samedi « à haut risque ». Ce n'est pas un simple accroc isolé, et un appel à la grève nationale le jeudi 5 novembre est déjà sur la table.
La ligue réagit, elle ne planifie pas
Personne ne doit reprocher à un préfet de se soucier de l'ordre public. Le problème est ailleurs. Lorient–Brest aurait été classé 4 sur 5 sur l'échelle de risque par la préfecture, la rencontre tombait le soir d'Halloween, et un policier a confié à maville.com: « on ne peut pas tout gérer (le samedi soir) ». Soit. Mais un calendrier qui ne tient que lorsque rien d'autre ne se passe dans le pays n'est pas solide. Il a de la chance.
Notre point de vue: la ligue a construit un calendrier sans marge de manœuvre, autour duquel s'est greffée une mécanique de diffusion très serrée. Rennes jouera désormais ses deux prochains matchs avec un jour d'avance, et sa réception d'Olympiakos en Europa League a été fixée à 16 h 30 le mercredi 4 novembre pour éviter les créneaux de la Ligue des champions. Le club s'agace de voir sa plus grande soirée européenne à domicile tomber à une heure peu commode, et selon un sondage auprès des supporters cité par maville.com, la moitié des supporters rennais ne pourront pas suivre le match. C'est là le vrai coût: ceux qui sont dans les tribunes et sur le canapé paient la logistique.
Qui gagne ? Le diffuseur, un peu
Il y a une ironie. La Ligue 1+ perd un créneau du samedi mais gagne un lundi soir, ce qui étire la journée sur quatre jours, et maville.com note que de tels changements peuvent profiter aux diffuseurs. Nous nous garderons de parler de complot, puisque les décisions sont venues des autorités. Mais cela montre à quel point ces modifications peuvent être indolores pour la seule partie liée par le contrat, et douloureuses pour les supporters, en particulier ceux qui se déplacent. Le mot d'un supporter lorientais, cité par maville.com, résume bien la situation: couleurs différentes, même colère, et un derby, ça se joue le week-end.
Le football, lui, a continué malgré tout: vendredi, Rennes a été battu 5-2 à Nice, selon Le Monde, tandis que le PSG s'est imposé 5-1 au Havre et que Lille, grâce à un but d'Olivier Giroud, est resté à deux points des leaders. Nous ne pouvons pas dire que le calendrier bousculé a changé l'un de ces résultats, mais on peut légitimement se demander ce que fait à la routine d'un groupe une semaine sans cesse remaniée.
Publier le protocole avant la prochaine journée de grève
Selon nous, la solution raisonnable est assez peu spectaculaire: publier un protocole permanent. Si l'État demande de déplacer une rencontre à haut risque, il faudrait des créneaux de remplacement convenus à l'avance, une consultation des deux clubs et des groupes de supporters, et une règle selon laquelle les matchs européens bénéficient du même soin que ceux du championnat. Avec une nouvelle journée de grève le 5 novembre et, selon CNN relayée par Courrier international, un long hiver de mécontentement peut-être à venir, improviser de week-end en week-end n'est pas une stratégie.
La Ligue 1 ne peut pas contrôler la rue. Elle peut en revanche contrôler son degré de préparation quand la rue s'invite. Pour l'instant, elle semble prise au dépourvu.
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