Pour Thauvin, 300 matches : Lens a besoin de leaders, pas de stars
À 33 ans, un Florian Thauvin transformé porte Lens à travers un été de reconstruction. Selon nous, cela en dit plus sur le modèle du club que n'importe quel gros transfert.
Photo : Supporterhéninois / Wikimedia Commons (CC0)
Que faire quand un été vous dépouille de pièces maîtresses ? La plupart des clubs partent chasser une recrue qui fera la une. Lens, lui, a semble-t-il confié le brassard à un joueur de 33 ans qui pèse ses aliments et ne touche pas au Coca. Nous pensons que c'est la meilleure réponse, et le 300e match de Florian Thauvin en Ligue 1 est une bonne occasion de dire pourquoi.
Ce qui s'est passé
Selon La Voix du Nord, le capitaine lensois doit atteindre samedi soir, face au Paris FC, les 300 apparitions en Ligue 1. Il y arrive avec 100 buts et 56 passes décisives, et son premier match dans l'élite était un Sochaux-Bastia, le 11 août 2012.
Le moment compte. Comme le rapporte TV5Monde, il a hérité du brassard durant l'intersaison, dans un effectif qui a perdu beaucoup de ses cadres (Thomasson, Sangaré, Sarr). D'après son décompte de début de saison, il a été décisif lors de huit des dix premiers matches de Lens, avec cinq buts et sept passes décisives.
Ce jalon parle de discipline, pas de longévité
Trois cents matches, c'est un chiffre. Ce qui rend cette saison intéressante, c'est la manière dont il y est arrivé. Son entraîneur, Yannick Cahuzac, qui a joué à ses côtés, explique que Thauvin n'a pas toujours été aussi professionnel. Aujourd'hui, Cahuzac parle d'un exemple, et cite le joueur de 20 ans qui regarde un vétéran peser ses aliments et faire son travail de récupération.
Thauvin le dit lui-même sans détour: pas de Coca, pas de sucre, rien, car à son âge il ne peut pas se permettre un faux pas. Que l'on trouve cela inspirant ou un peu monacal, cela fonctionne comme outil pédagogique. Un capitaine qui crie, c'est courant. Un capitaine dont la routine donne aux coéquipiers l'impression d'être paresseux, c'est plus rare, et sans doute plus durable.
Notre lecture: la réinvention compte plus que le CV. Un vétéran qui a relancé sa carrière au Mexique puis à l'Udinese, où il a découvert le rôle de capitaine, avant de revenir en France ne vit pas sur son nom. Il fait le travail ingrat.
Le modèle lensois récompense ce profil, pas la chasse aux stars
Ici, nous poussons la thèse. Lens vient de perdre des joueurs clés et avait pourtant assez de structure pour l'encaisser. Le club compte désormais un joueur de 33 ans qui crée des occasions (neuf participations à un but en sept matches de championnat, selon Sport News Africa, avec déjà autant de passes décisives qu'en 33 apparitions la saison dernière), tandis que l'équipe affiche le meilleur taux de réussite de centres du championnat, 52 sur 149. Cela ressemble à un système cohérent, pas à une collection de noms.
Une recrue de prestige aurait eu besoin de temps, d'un rôle et d'un vestiaire qui l'accepte. Thauvin est arrivé avec les trois, et ses coéquipiers semblent adhérer. À notre avis, c'est à cela que ressemble un prétendant bâti sur une identité: il remplace les départs par une culture.
Les réserves
Rien de tout cela n'est une garantie. Lens a subi une défaite 3-0 à Bruges en Ligue des champions, et Thauvin a été plus discret lors de la défaite à domicile contre le Sporting. Cahuzac a balayé les inquiétudes sur la dépendance à son numéro 10, mais les chiffres disent qu'elle existe. Si Thauvin intervient dans l'essentiel des bonnes actions de Lens, une blessure mettrait la structure à l'épreuve. Et il n'est pas invincible: en octobre dernier, il a manqué un penalty face à ce même Paris FC, lors d'une défaite lensoise.
C'est aussi pourquoi l'argument du leadership compte. Une équipe qui n'a qu'une star est fragile. Une équipe dont les exigences viennent des habitudes de son capitaine peut survivre à une mauvaise soirée, à condition que les plus jeunes s'approprient ces habitudes au lieu de simplement les admirer.
Verdict
Le 300e match de Thauvin n'est pas qu'un papier nostalgique. C'est la preuve qu'à Lens, le bon vétéran vaut plus qu'une arrivée tapageuse. Si nous dirigions le club, nous passerions l'année à nous assurer que ses routines deviennent celles de tout le groupe, car c'est la part qui ne prend pas sa retraite en même temps que le joueur. Le match de samedi face au Paris FC est un beau jalon. Le vrai test, c'est de savoir si le club ressemblera encore à un prétendant quand il sera absent.
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