Clauss n'est pas le scandale : le vrai problème du foot français, c'est qui le surveille
Un aveu d'infidélité et une alerte d'avocats sur les violences faites aux enfants sont deux histoires très différentes, mais elles montrent que le foot français ne peut pas se noter lui-même.
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Faut-il qu'une vie sentimentale agitée et une crise de la protection de l'enfance figurent dans le même paragraphe ? En général, non. Mais le football français nous offre les deux presque en même temps, et nous soupçonnons que le même réflexe institutionnel guette chacun de ces dossiers: hausser les épaules, parler de vie privée, passer à autre chose.
D'abord, les faits. Dans le documentaire de L'Équipe « Foot et sexe: l'amour impossible ? », le défenseur niçois et international français Jonathan Clauss s'est confié sur ses infidélités. RMC Sport titre sur son aveu: « il y a eu des mensonges, des tromperies », et L'Équipe reprend le verdict qu'il porte sur lui-même: « J'étais un petit con. »
Par ailleurs, un collectif d'avocats qui représentent des victimes de violences sexuelles a écrit dans Le Monde que la prédation sexuelle dans le football français a fait plusieurs centaines de victimes mineures. Selon le titre de leur tribune, le « déni sociétal » est massif et « transcende les institutions ».
Ne confondons pas tromperie et délit
Soyons précis, car l'approximation ne sert personne. Mentir à son ou sa partenaire est une faute morale, pas une infraction pénale, et rien dans les éléments dont nous disposons ne laisse penser que Clauss ait fait quoi que ce soit d'illégal. Il faut même lui reconnaître un mérite: il en a parlé, avec ses mots, sans filtre de communication. Admettre qu'on s'est mal comporté est plus rare qu'il ne devrait l'être dans une culture de vestiaire qui, selon nous, récompense trop souvent la gonflette et la bravade.
Amalgamer Clauss au débat sur la prédation serait injuste envers lui et, pire, diluerait le vrai sujet. Les avocats parlent d'enfants. C'est une tout autre catégorie de préjudice, qui exige un tout autre niveau de gravité.
Le lien tient à la culture, pas aux comportements
Pourtant, nous pensons que ces deux histoires se font écho. Nous ne prétendons pas à un enchaînement causal, et rien de ce que nous avons lu n'en établit un. Mais un sport qui traite la notoriété comme un passe-droit, et les conséquences comme le problème de quelqu'un d'autre, peut fabriquer un climat où les mauvais comportements sont tolérés bien avant de devenir des crimes.
Voilà le fil plausible entre une confidence de vestiaire et un manquement à la protection des mineurs: l'idée partagée que ce qui se passe autour du football reste dans le football. L'expression des avocats, un déni qui traverse les institutions, nous laisse penser que le problème n'est pas un club gangrené. Cela ressemble plutôt à un système où trop de gens ont intérêt à détourner le regard.
Pourquoi les clubs et la ligue ne peuvent pas être arbitres
Voici où nous atterrissons, et c'est une opinion: l'autorégulation comporte un conflit d'intérêts structurel. Un club qui dépend de la valeur d'un joueur, de la réputation d'un centre de formation ou du confort d'un sponsor sera tenté de peser une plainte à l'aune de son bilan comptable. Une ligue qui vend le produit a le même intérêt, à plus grande échelle. Ce n'est pas une accusation de mauvaise foi contre une personne en particulier, simplement une description du fonctionnement des incitations.
La solution ne peut donc pas être une charte de plus, une campagne de sensibilisation de plus ou un code de conduite que les signataires s'appliquent à eux-mêmes. Ce dont le football français a besoin, à notre avis:
- un organisme indépendant, habilité à recevoir des plaintes en dehors de la hiérarchie du club;
- une obligation de signalement pour les encadrants, assortie de vraies sanctions en cas de silence;
- la publication des suites données, pour que « nous avons réglé cela en interne » cesse d'être le mot de la fin.
Rien de tout cela n'oblige à faire croire que chaque footballeur est un prédateur. Il s'agit de reconnaître que la confiance doit reposer sur une structure, surtout quand des enfants et des rapports de pouvoir déséquilibrés sont en jeu.
Notre verdict
Clauss, à son crédit, est la partie facile de cette histoire: un homme qui assume son passé. La partie difficile, c'est le déni sociétal que décrivent les auteurs de la tribune du Monde. Si l'écosystème de la Ligue 1 veut être crédible, il doit cesser de traiter ces affaires comme des problèmes de réputation à gérer et accepter des règles qu'il n'écrit pas et ne peut pas discrètement contourner. D'ici là, nous accueillerons avec prudence toute déclaration du type « nous prenons cela très au sérieux »: elle risque de n'être qu'un club qui se note lui-même.
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