Le dilemme de Red Bull-BORA au Giro, un test de la hiérarchie
Choisir entre Remco Evenepoel et Florian Lipowitz pour le Giro 2027 relève moins du prestige que de la désignation d’un leader unique autour d’un plan cohérent.
Photo : Hugo LUC / Wikimedia Commons (CC BY-SA 4.0)
L’aspect le plus révélateur du dilemme de Red Bull-BORA-hansgrohe pour le Giro 2027 n’est pas que l’équipe dispose de deux leaders crédibles. C’est que l’organisation doit désormais décider quel type d’équipe elle veut être. Une formation capable d’aligner Remco Evenepoel ou Florian Lipowitz au départ du Giro possède une profondeur impressionnante; une équipe qui les envoie tous les deux sans hiérarchie précise risque de transformer l’abondance en confusion.
Ralph Denk a déclaré que l’un d’Evenepoel ou de Lipowitz pourrait viser le Giro d’Italia 2027, tandis que l’équipe attend de connaître les parcours des trois Grands Tours avant de répartir les rôles de leader. Cette possibilité est liée à l’absence de Tadej Pogačar du Giro, selon CyclingPro. C’est une occasion séduisante, mais elle ne doit pas devenir à elle seule le principe directeur.
Le choix pertinent sera celui du coureur qui correspond le mieux au parcours, au calendrier et à la structure d’accompagnement — pas nécessairement le plus connu.
Le vainqueur sera l’équipe qui choisira tôt un seul capitaine
Evenepoel offre l’argument le plus évident: c’est un coureur taillé pour les disciplines susceptibles de définir un Grand Tour, notamment le contre-la-montre, et une tête d’affiche capable de faire du Giro un objectif central. Lipowitz présente un autre type d’attrait. Il s’est déjà imposé comme un sérieux candidat dans les courses à étapes, et l’équipe estime que son potentiel dépasse le modèle traditionnel du Grand Tour.
Ce contraste rend la décision réellement intéressante. Il ne s’agit pas simplement d’opposer une star établie à un talent en pleine ascension. La question est de savoir ce que Red Bull-BORA veut optimiser. Evenepoel pourrait rendre l’ambition de l’équipe indiscutable, tandis que Lipowitz pourrait incarner un projet plus intégré, fondé sur la montagne, l’endurance et le développement à long terme.
Mais le cyclisme ne récompense pas un organigramme des responsabilités conçu pour les relations publiques. Il récompense un groupe qui sait à qui va la priorité lorsqu’un rival attaque, qui bénéficie des meilleurs équipiers dans le final des étapes de montagne et qui est autorisé à suivre une autre course lorsque le plan initial s’effondre. Le Tour 2026 de l’équipe a commencé avec Evenepoel et Lipowitz comme cot leaders, un modèle qui peut fonctionner lorsque les deux coureurs partagent réellement la même réalité tactique. Il peut aussi créer des tensions lorsque la course exige un seul centre de gravité.
Notre position est simple: Red Bull-BORA doit nommer un capitaine pour le Giro, pas monter une nouvelle campagne à deux têtes. Le second coureur doit être un lieutenant protégé disposant d’une vraie liberté, et non un cot leader de façade dont les ambitions restent indéfinies.
Le calendrier élargi de Lipowitz rend le choix moins évident
Le dossier de Lipowitz est renforcé par les plans de l’équipe visant à élargir son programme de courses d’un jour en 2027. Il s’est principalement consacré aux courses à étapes en 2026, notamment au Tour de France, mais Red Bull-BORA considère désormais les classiques les plus difficiles comme une étape de son développement. Denk estime que l’intensité de ces courses pourrait aider Lipowitz dans les courses à étapes et les Grands Tours, comme le rapporte Domestique Cycling.
L’idée est convaincante, mais elle crée un problème de calendrier. Les Championnats du monde 2027, en France, devraient proposer environ 5 000 mètres de dénivelé positif, un parcours que Denk juge particulièrement adapté à Lipowitz. Ajouter une ou deux courses d’un jour auparavant pourrait le préparer à cet objectif. Une campagne complète sur le Giro devrait toutefois être organisée autour de cette échéance, et non considérée comme un objectif indépendant.
C’est à ce moment que le choix devient un test de gestion plutôt que de marketing. Si Lipowitz est le leader du Giro, l’équipe doit décider si la course constitue le point central de sa saison ou une étape dans une progression plus large vers les Championnats du monde. Ces deux programmes ne coïncident pas automatiquement. On ne peut pas demander à un coureur de saisir toutes les occasions simplement parce que l’effectif le permet.
Evenepoel ne doit pas être choisi uniquement parce qu’il est la tête d’affiche
Le nom d’Evenepoel rendrait le Giro plus facile à vendre. C’est précisément pour cette raison que l’équipe doit éviter de le choisir par défaut. Evenepoel lui-même a laissé la porte ouverte à cette course, tout en indiquant vouloir examiner le parcours, comme le rapporte Eurosport le 9 octobre 2026 dans cet article.
Le parcours doit trancher. S’il favorise ses qualités de rouleur et son équilibre général, Evenepoel doit être le capitaine incontesté. S’il est dominé par de longues ascensions difficiles et correspond plus naturellement aux qualités de Lipowitz, l’Allemand mérite davantage qu’un rôle de leader honorifique. L’équipe a gagné le droit de choisir selon une logique sportive; elle ne doit pas céder cet avantage au récit le plus bruyant.
Avec le départ de Primož Roglič, la décision de l’équipe concernant ses autres leaders devient encore plus importante. Red Bull-BORA ne manque pas d’ambition; elle manque de place pour faire de chacune de ces ambitions une priorité. La décision pour le Giro fixera donc des attentes qui dépasseront le cadre d’une seule course. Elle dira aux coureurs si l’équipe privilégie une spécialisation claire ou une concurrence interne permanente.
Le vrai renfort, c’est un plan d’accompagnement, pas une star de plus
Le danger serait de croire qu’un choix fort de leader crée automatiquement une équipe solide pour le Giro. Ce n’est pas le cas. Le capitaine a besoin d’un groupe d’équipiers clairement défini pour la montagne, d’une deuxième option dont le rôle est établi et d’une stratégie de course qui précise quand l’équipe attaque et quand elle protège sa position.
C’est particulièrement important si le programme 2027 de Lipowitz s’élargit. Un coureur qui aborde le Giro après davantage de classiques pourrait être mieux préparé aux courses chaotiques, mais le calendrier exige aussi de la discipline. Si Evenepoel prend le départ, Lipowitz doit savoir s’il est une solution de repli, une alternative offensive ou un coureur protégé visant un autre classement. L’ambiguïté n’est pas de la profondeur; c’est un coût qui pèse sur chaque décision tactique.
La progression de Red Bull-BORA a créé un problème que beaucoup d’équipes accueilleraient avec plaisir, mais cela reste un problème. L’organisation dispose désormais d’assez d’options de leadership pour faire d’une course un référendum sur tout son avenir. Elle devrait plutôt faire du Giro une démonstration de sa hiérarchie.
Le verdict: choisir le coureur dont les qualités correspondent au parcours, puis construire toute la course autour de lui. S’il s’agit d’Evenepoel, la liberté de Lipowitz doit être explicitement définie. S’il s’agit de Lipowitz, il faut lui accorder une véritable priorité et laisser Evenepoel viser un autre Grand Tour. Le bon choix n’est pas de désigner le capitaine le plus célèbre. C’est de faire en sorte que tout le monde sache qui est le capitaine.
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